Dossier Le Slap au saxophone

Histoire et technique du slap

La technique du slap tongue au saxophone suscite souvent une grande curiosité, autant chez le public que chez les musiciens. « Quel est ce son, et comment le produisez-vous ? » 

Le slap tongue constitue aujourd’hui l’une des techniques étendues les plus emblématiques du saxophone contemporain. Apparu progressivement dans le répertoire du XXᵉ siècle, ce mode d’articulation percussif repose sur un effet de succion de la langue sur l’anche, suivi d’un relâchement brutal produisant un claquement caractéristique. Qu’il soit ouvert ou fermé, le slap permet d’enrichir la palette sonore du saxophone en y intégrant une dimension rythmique et timbrale inédite. Longtemps considéré comme un simple effet, il est désormais utilisé comme un véritable paramètre expressif par de nombreux compositeurs. La présentation des techniques de slap vise ainsi à comprendre les mécanismes physiologiques et acoustiques de ce geste, à en explorer les différentes variantes, et à proposer une méthodologie de travail progressive permettant au musicien de les intégrer de manière fluide et maîtrisée dans le langage instrumental.

Un peu d'histoire

Alors que le répertoire pour le saxophone continue d’explorer des possibilités de plus en plus contemporaines, l’utilisation de l’articulation du slap par les compositeurs est devenue de plus en plus fréquente. Ce type d’articulation comprend le slap ouvert (ou smack tongue), qui produit un son éclatant et claquant, ainsi que le slap fermé, qui produit un son plus précis, proche d’une pince ou d’un pincement. Ce type d’articulation est parfois difficile à maîtriser en raison des mouvements nécessaires pour produire cet effet. Nous allons décrire les meilleures pratiques pour produire ce type d’articulation au saxophone

L’effet « slap tongue » peut être entendu dans un enregistrement de 1923 de King Oliver et est noté dans une œuvre musicale publiée en 1928. Il apparaît également dans une publication de 1926 intitulée SAX-ACROBATIX par Henri Weber.

Certains arrangements de musique classique contemporaine ont utilisé l’effet comme suit :

Drastic Measures de Russell Peck (SATB, enregistré par le quatuor New Century) utilise le slap tongue dans toutes les parties comme un accent spécial. 

La Sonata de Mark Kilstofte (enregistrée par Cliff Leaman et Derek Parsons), un tour de force de la technique. 

L’un des mouvements intermédiaires commence par un obligato de métronome, ajoute un peu de piano, puis exige du saxophoniste qu’il joue un contretemps slap tongue pour le reste du mouvement. 

Le joueur de ténor de James Brown, J. C. Davis, pourrait l’utiliser sur la version 1962 de Night Train, dans la 2e partie de la mélodie, comme une réponse en croche au do grave qui est joué à la fin de la ligne mélodique. Nigth Train

La technique est en fait originaire du jazz et de la pop. Le premier disque est de King Oliver de 1923, avec un titre nommé Stomp, Evans jouant la mélodie en do. En 1924, Rudy Wiedoeft et Coleman Hawkins l’avaient reprise, ainsi que Bennie Krueger qui était un saxophoniste « fantaisie ». Nous aurions pu penser que cela est venu plus tard, à la période pop/jazz, car le slap était devenu ringard très rapidement et a disparu du goût populaire dans les années 30-40.

Rudy Wiedoeft, utilisateur très précoce et maître du slap, ainsi que de toutes sortes d’effets possibles au saxophone, comme dans son Sax-O-Phun de 1926. (Glissés, slap..). Sa version de La Paloma commence par une intro slapée. 


Un autre exemple enregistré de slap est l’enregistrement pop-hit de Joe Darensbourg des Dixie Flyers de Yellow Dog Blues à la fin des années 1950. Joe Darensbourg était clarinettiste et il maitrisait le slap parfaitement, il a joué avec Louis Armstrong et Teddy Buckner.

Nous retrouvons aussi des slaps dans les enregistrements d’artistes de jazz comme John Klemmer, James Carter et Yusef Lateef qui l’ont tous utilisé dans leurs solos.

On retrouve le « pizzicato tongue » de Sigurd Rascher dans la cadence du Concertino da Camera d’Ibert… mais pour une démocratisation de la technique il a fallu encore attendre quelques années, et elle est aujourd’hui devenue une technique courante dans le répertoire contemporain du saxophone. On peut désormais l’entendre dans des œuvres de Lauba, Denisov, Bolcom, Yoshimatsu, David, Michat, et bien d’autres...

 

Mais alors… le slap quésaquo ???

Le slap est une libération active du claquement de l’anche contre le bec, comme si l’on pinçait l’anche avec la langue, à la manière d’un pizzicato sur un instrument à cordes, comme un slap de basse électrique. Ce qui est intéressant particulièrement, c’est qu’il existe deux hauteurs ou dimensions distinctes dans un slap, qui peuvent être contrôlées indépendamment : la hauteur de la résonance, contrôlée par les doigtés du saxophone, et la hauteur du son percussif lui-même, qui peut être humide ou sec, brillant ou sombre.

Le son est créé à la suite de la libération de l’aspiration dans la bouche et du bruit de claquement que l’anche produit et qui s’amplifie lorsqu’il traverse le pavillon.

Comment le produire ? les différentes techniques :

Tout d’abord, il est conseillé de s’exercer sur un instrument plus grand si possible, car le slap est plus facile à produire (même accidentellement) avec une anche de plus grande taille. Pour ressentir la prise initiale, essayez de tenir une anche sur la langue sans utiliser les mains ni les lèvres ; avec la bonne courbure de la langue, on peut obtenir une succion suffisante pour sentir cette accroche. Vous pouvez tester l’adhérence de la langue en saisissant l’anche avec la main et en la détachant brusquement de la langue.

Ensuite, essayez d’obtenir la même sensation de prise avec l’anche sur le bec. Il peut être nécessaire d’utiliser toute la langue au début, même si cette position est peu pratique en situation de jeu. À partir de là, on peut passer au slap sur l’instrument, en cherchant à attraper l’anche avec de moins en moins de surface de langue.

À ce stade, il convient de noter qu’il existe deux types fondamentaux de slap : ouvert et fermé. Le slap ouvert est une ouverture soudaine et violente de la mâchoire, qui se détache brutalement de l’anche au même moment. Il produit une hauteur de résonance plus élevée que celle du slap fermé, pour lequel le musicien garde la bouche fermée et l’embouchure en place. Le slap fermé sonne à la hauteur doigtée. Le slap ouvert est souvent plus facile, mais le slap fermé est plus utile pour la majorité du répertoire pour saxophone.

Il est important de pouvoir produire un slap de base sans utiliser d’air du tout. Excercez-vous à faire des slaps en inspirant, afin d’isoler le mouvement du slap de ce que faisait mon flux d’air. Cela permet de comprendre que le slap s’inscrit dans un continuum avec l’articulation standard, plutôt que d’être une technique extrême et totalement distincte.

À une extrémité de ce continuum, l’air agit comme un archet sur une corde, frôlant l’anche et l’amenant à vibrer – c’est comme une attaque en « H », sans langue du tout. On peut ensuite introduire progressivement la langue, et réaliser que les attaques standards ne sont pas de véritables attaques, mais plutôt des relâchements délicats. Une très légère pression de la langue sur l’anche empêche celle-ci de vibrer malgré un flux d’air soutenu, et un relâchement précis de cette légère pression donne au début du son une définition claire.

En augmentant progressivement la pression de la langue sur l’anche, on arrive finalement à la « prise », qui exige de libérer physiquement l’anche plutôt que de simplement retirer la langue. De plus, la qualité de ce son particulier présente toute une gamme de nuances, indépendantes de ce que fait le flux d’air. Apprendre le slap fait réaliser à quel point l’articulation standard est délicate et nuancée (par exemple, même les notes courtes n’ont pas d’attaques dures, mais des coupures nettes).

Doug O’Connor

Saxophoniste Armée Américaine

Produire un slap nécessite que le musicien soit capable d’attraper l’anche avec la langue, puis de la relâcher assez brusquement pour qu’elle claque contre le bec. Cette « prise » peut sembler étrangère et difficile à ressentir au début, mais certains exercices simples peuvent aider à développer cette technique.

Différents conseils :

Placez la langue contre une grande partie de l’anche. Poussez doucement vers le haut de sorte que la pointe et le plat de l’anche ferme le bec. Vider autant d’air que possible dans la cavité buccale et scellez la lèvre de manière à avoir un ajustement hermétique. La langue est rapidement relâchée dans un mouvement « vers le bas ». Lorsque vous relâchez la langue vers le bas, vous baissez également votre mâchoire et ouvrez votre bouche dans un mouvement « claquant ». Tout cela se fait très rapidement. NE tirez PAS la langue vers votre gorge. Elle doit claquer vers le bas, loin du palais, pour obtenir le plus de volume. Ne soufflez pas d’air à travers le pavillon et n’inhalez pas lorsque vous relâchez la langue.

Travailler sur des registres grave/médium (sol-fa-mi-ré-do)

Le slap demande du temps et de la patience pour se développer, et quelques anches cassées…. La plupart des gens mettent plusieurs mois avant d’obtenir un vrai slap à l’attaque. Les choses à garder à l’esprit sont :

  1. Assurez-vous d’utiliser votre embouchure normale pour le slap avec hauteur. La variété sans hauteur nécessite que vous éloigniez la mâchoire inférieure de l’embouchure en un seul mouvement lorsque vous articulez, mais la variété avec hauteur exige que vous conserviez votre embouchure normale tout au long du processus.
  2. Il est beaucoup plus facile de faire du slap sur les notes graves que sur les notes aiguës. Pensez aux clacs forts que nous avons tendance à obtenir dans le registre grave avec la langue lorsque nous ne sommes pas prudents. Ce sont des sons de slap légers, alors essayez-le sur vos si bémol et si graves jusqu’à ce que vous ayez du succès. De plus, vous voudrez peut-être commencer sur le saxophone ténor ou baryton jusqu’à ce que vous ayez la sensation.
  3. Placez votre langue sur toute l’anche à l’intérieur de votre bouche. Couvrez toute l’anche avec la langue et faites des articulations courtes et staccato. Cela conduit généralement à de la lourdeur ou à un « clac » au début de l’articulation, un peu comme ce qu’un élève débutant obtiendrait. Finalement, cela a tendance à mieux fonctionner lorsque vous ne terminez pas le son avec la langue, et encore une fois, ce son est particulièrement facile à produire dans le registre grave.
  4. Fondamentalement, la procédure de claquement consiste à éloigner l’anche de l’embouchure avec la langue. Lorsque la force de l’anche est trop forte pour la langue, elle se retire et se brise contre l’embouchure, produisant le son de claquement. Au fil du temps, vous apprendrez à le faire avec beaucoup moins d’effort que vous ne l’auriez pensé au début de l’apprentissage. La plupart des gens ont tendance à casser beaucoup d’anches au début, utiliser sur une anche plus ancienne qui ne servira pas pour votre programme prochain concert….

 

extrait de slap tongue, tips from the master

Richard Ducros

Saxophoniste

Le slap est un type d’attaque créé par le rebond de l’anche frappant contre le bec. Il est similaire à un pizzicato Bartók au violon. Pour créer cette attaque, la langue agit comme une ventouse. Contrairement à l’articulation normale, où la langue touche la pointe de l’anche, le fait de placer la langue plus bas sur l’anche (loin de la pointe) permet de créer cette attaque.

Pour ressentir le slap, de nombreux saxophonistes commencent sur un si grave avec le slap ouvert, plus grossier et plus fort, mais aussi beaucoup plus facile à produire. Il s’agit essentiellement d’une articulation pour laquelle on presse un maximum de langue sur l’anche et on ouvre simultanément la bouche. L’anche produit un son sec de « clac » semblable au slap.

L’inconvénient de l’apprentissage du slap par cette méthode est qu’elle enseigne un mauvais réflexe : ouvrir la bouche en même temps, ce qui est l’inverse de la méthode du slap fermé « normal ». La pratique du slap ouvert devrait se concentrer sur la conscience du timbre créé par le claquement de l’anche et sur la sensation de ventouse de la langue sur l’anche. Cette sensation est la partie la plus importante du slap. Certains professeurs utilisent une cuillère dans la bouche pour illustrer cet effet de ventouse.

Le perfectionnement de la technique pour produire un slap normal, ou moins ouvert, est beaucoup plus difficile. Les sensations sont difficiles à acquérir. Le slap est créé par l’effet de ventouse de la langue sur l’anche. Il se pratique presque sans air, car le son est créé par le claquement de l’anche sur le bec. Il est donc inutile d’inspirer ou de souffler de l’air pour produire cet effet.

Un point important concerne le « repli » créé par la lèvre inférieure reposant sur les dents. Pour créer l’effet de succion, la langue doit être appliquée sur toute la longueur de l’anche. L’air doit être expulsé sur toute la surface de contact entre la langue et l’anche, mais aussi entre la langue et l’espace créé par le repli de la lèvre sur les dents et l’anche. La pointe de la langue doit être positionnée contre ce repli afin de sceller l’endroit : en d’autres termes, toute la langue pousse contre l’anche. La lèvre inférieure est ferme sur les dents. Elle ne sert qu’à articuler ; la pointe de la langue reste au niveau du repli de la lèvre inférieure. L’articulation se produit avec la partie médiane et arrière de la langue.

Plutôt que d’essayer de faire « coller » la langue à l’anche en la pressant vers le haut, il est possible de faire glisser la langue vers l’avant, depuis la pointe de l’anche jusqu’au repli de la lèvre, en vérifiant qu’elle adhère bien pendant le mouvement. Cette méthode permet de mieux ressentir le vide d’air créé par la langue sur l’anche.

Il existe de nombreuses recommandations viables pour créer ce type d’articulation. L’expérimentation et la persévérance seront les éléments clés permettant aux élèves de produire ce son. De plus, la plupart des saxophonistes concluent que commencer sur un saxophone de plus grande taille donne des résultats plus rapides. Quelle que soit la méthode utilisée pour produire cet effet, une pratique assidue et la répétition des mouvements de langue nécessaires contribueront, à terme, à la réussite du slap tongue.

Extrait d'un article de Sean Murphy

Joël Versavaud

Professeur au CRR de Marseille

Le slap est le résultat de la stimulation de certains muscles de la langue (avant et arrière). Ces muscles vont dans un premier temps chasser l’air entre la langue et l’anche, puis permettre de comprimer et tirer la langue vers le bas. Le claquement est l’amplification, par la cavité buccale ou par le tube de l’instrument, de l’énergie de la décompression. Enseigner le slap n’est pas facile. Le mouvement est caché, extrêmement rapide et basé sur la sensation. Le succès dépend de l’anatomie de la langue, de la quantité et de la régularité du travail. Les musiciens qui, malgré leur compréhension et leurs efforts répétés, ne parviennent pas à jouer le slap ont sans doute une langue « fendillée » de toute part. La chair n’est pas assez compacte pour que les muscles puissent accomplir leur action. Il faut être patient. Le slap peut mettre longtemps à devenir satisfaisant. On peut par ailleurs savoir jouer le slap sur le saxophone baryton et pas encore sur l’alto. Plus l’anche est large, plus l’effet de ventouse est évident à créer. La rapidité et la richesse de nuances ne viennent qu’en travaillant régulièrement et dans la détente. Les muscles de l’avant de la langue finissent par acquérir la même puissance qu’à l’endroit le plus charnu. Le mieux est de choisir une œuvre et une échéance pour obliger un travail intense et sans découragement. Sans saxophone, on peut stimuler ces muscles. Mâchoires serrées, lèvres ouvertes, comprimer toute la pointe de la langue contre le palais et les incisives supérieures. En même temps, continuer à comprimer avec l’avant de la langue et tirer avec l’arrière de la langue. Choisir le son le plus aigu et détacher avec la pointe de la langue : « tss, tss, tss » puis déplacer lentement et finement l’action de la langue pour obtenir le claquement, mais toujours le plus aigu possible. Pour les instrumentistes à vent, je crois beaucoup en l’indépendance entre l’arrière et l’avant de notre langue. Pas seulement pour le slap, mais pour la gestion de la hauteur des sons (arrière de la langue) et de leur articulation (avant). Noter la prononciation du mot « langue » dans les langues de tous les pays : langue, lingua, lengua, tongue, zunge…le début se prononce avec l’avant de la langue et la fin avec l’arrière !

Jonathan Dufresne

Illinois School of Music

Lorsque l’on apprend le slap, il est important de comprendre d’abord les mécanismes qui génèrent le son de « slap ». En créant une succion sur l’anche avec la langue, l’anche est tirée hors de sa position sur le bec jusqu’à ce que la tension se rompe ; l’anche « claque » alors en revenant frapper les rails du bec. C’est ce choc qui produit l’effet percussif de la technique.

Selon le contexte musical dans lequel vous utiliserez cette technique, deux types de slap tongue peuvent être exécutés. Le premier est couramment appelé slap open-mouth (« bouche ouverte »), tandis que l’autre est un slap pitched (« slap avec hauteur »).

Le slap open-mouth est produit uniquement grâce à la succion sur l’anche, comme expliqué précédemment, avec en plus l’ouverture de la bouche au moment où la langue tire l’anche hors du bec. Cela met davantage l’accent sur l’aspect percussif, projetant le bruit de claquement avec peu ou pas de hauteur.

À l’inverse, le slap pitched, comme son nom l’indique, permet d’entendre des hauteurs accompagnant l’effet percussif. On y parvient en gardant la bouche fermée, l’embouchure en place, et en ajoutant une petite impulsion d’air – un « jet d’air » (air dart) – simultanément avec la libération de la tension de l’anche lorsque celle-ci claque contre le bec. Le résultat ressemble alors au son des boomwhackers.

extrait de how to slap

 

Doug O’Connor

Saxophoniste United States Army Band

En écoutant Richard Ducros jouer  Jungle de  Christian Lauba, nous comprenons qu’il devait exister une manière de produire un slap rapide et délicat. Ce qui attire l’attention est la hauteur des slaps qu’il obtient, ils sont hauts, secs et légers, sans parler des hauteurs doigtées. 

Le slap peut-être un choc lourd et mat, impossible à exécuter rapidement, et au contraire léger et rapide, comme des petits cliquetis de l’eau sur un ponton.

La forme de la cavité buccale peut aider à contrôler la hauteur percussive du slap, en plus de l’utilisation d’une quantité réduite de langue. Tout ce qui doit être rapide nécessite moins de mouvement et moins de force. Un slap rapide est plus facile à produire en utilisant un slap sec et discret et un flux d’air fluide avec une faible résistance, en déplaçant le bout de la langue le moins possible. À ce stade, la prise peut être obtenue avec la même quantité de langue qu’une articulation standard, ce qui rend les deux sensations interchangeables sans ajustement de l’embouchure. Cela est crucial pour les passages où l’alternance est importante.

Gradient 2.0 (2008) de Baljinder Sekhon II utilise une variété de slaps et d’articulations dures en alternance, et le résultat est un contrepoint d’articulations très satisfaisant. De telles œuvres démontrent la nécessité, pour les musiciens modernes, de maîtriser ce continuum de slaps, afin de les exécuter efficacement à différents tempi, et d’une manière qui ne perturbe pas leur façon habituelle de jouer. Le slap élargit la palette du saxophone de manière à la fois délicate et agressive, comme un tout nouvel ensemble de consonnes dans notre langage de performance.

 

extrait de slap tongue, tips from the master

Serge Bertocchi

Professeur au CRR d'Amiens

Plusieurs pistes de travail sont possibles, et la réussite tient souvent à leur complémentarité. Les propositions de travail qui suivent sont des exemples, et ne doivent pas être conçues comme un “ordre” immuable : il faut donc tout essayer à tour de rôle (sauf bien sûr si vous arrivez tout de suite à maîtriser un slap parfait).

Il est plus confortable de travailler sur les instruments graves (par exemple, le slap est très naturel au baryton), ou du moins dans le registre grave de votre saxophone. Quoi qu’il en soit, la clé d’octave n’est pas très efficace (surtout si on ne soutient pas la note en “slap timbré”) : elle provoque plus une modification de couleur que de hauteur réelle. Pour celà, on préfèrera les doigtés de côtés pour réaliser le ré, ré# et mi médium.

On peut prendre plus de bec que d’ordinaire : la réalisation de la “ventouse” avec la langue est favorisée par une plus grande surface de contact. La largeur de l’anche joue aussi un rôle : ici encore, on préfèrera les instruments graves aux plus aigus.

1) Travail chromatique en noires entre si b grave et fa :

2) Sans instrument, pronocer la plosive “t” en faisant bien résonner les cavités buccales. Reproduire le mouvement au saxophone, en conservant votre embouchure habituelle.

3) Soigner l’attaque sur une pose de son ordinaire, puis diminuer progressivement jusqu’au ppp. Le petit claquement que l’on entend lorsque le maintien du sondevient impossible est un slap. (cf : travail sur “La bocca, i piedi, il suono” de Salvatore Sciarrino)

4°) Pour amplifier le slap :

a) Augmenter la puissance de la ventouse et faire claquer l’anche plus fort contre le bec.

b) Prononcer le “t” ou “t(h)” sans instrument. Accumuler beaucoup de pression d’air derrière la langue, puis dès que le son est émis, refermer la glotte pour empêcher l’air de passer. Même exercice avec le saxophone.

5) Travailler avec des variantes d’attaques : 4 slap, 4 lourre, 4 staccato. Sur une gamme ou une étude de mécanisme.

6) Travail du slap éclaté : Placer la langue en contact avec l'anche, comme pour une pose de son ordinaire, mais en la plaçant aussi en contact en-dessous. Au moment de l'attaque, ouvrir la bouche entièrement en laissant tomber le maxillaire inférieur. Le son émis est plutôt un bruit de type percussif, sans hauteur réellement définie. Le volume sonore peut être assez conséquent.

7) Travail alterné du slap fermé et ouvert. La 2° note, jouée avec le même doigté, sonne néanmoins plus haut que la 1°. C'est le même principe que les "sons tambourins" (percussion de clés). Le triangle figure le doigté, le losange la hauteur entendue :

Exemples de pièces faisant appel au slap :

Comme élément central :

“Etudes : Sanza” de Christian Lauba A 5’ Ed Leduc

“Hippogriffe III” de Marie-Hélène Fournier B 15’ Ed Lemoine

“Ximix” de François Rossé SS 4' Ed Fuzeau

“Fragments Gourmands" de Jacques Lejeune 7 sax/Bde 16' Inédit

“Axe à quatre” de Ernest H. Papier SSTT 12' Ed Fuzeau

“Zwei Akte” de M. Kagel S°AB/Hp 30' Ed Peters

“Yod” de Bruno Giner B 8’ Ed Durand

“Hyperbaton” d'Alex Buess TTBB 7' Ed Fuzeau

“Le Cirque” de Marc Monnet CBs 6’ Ed Salabert

“Périple” de Paul Méfano T 10’ Ed Salabert

“La bocca, i piedi, il suono” de Salvatore Sciarrino AAAA + 100 45' Ed Ricordi

Comme élément accessoire :

“Points d’Or” de Betsy Jolas <SATB>ensemble 9’ Ed Leduc

“Maryland Bass” de François Rossé saxBs 15’ Ed Fuzeau

“Saxophone Marmelade” de Manuel Rosenthal A/P° 8' Ed Billaudot

“Concertino da Camera” de Jacques Ibert A/ ensemble 10' Ed Leduc

“Crosswind” de Georges Aperghis va/SATB 15' Ed Durand

“Sonate” d’Edison Denisov A/P° 12' Ed Leduc

“Le soupir de la vache” de Pierre-Adrien Charpy Tubax 7’ Inédit

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